Antoine Page

Réalisateur

Biographie

Après avoir commencé des études d’Histoire de l’Art, Antoine Page réalise ses premiers films expérimentaux (De la politique, Cap Esterel...) dans le cadre des cours de cinéma de Nicole Brenez à la Sorbonne. Ils sont projetés à la Cinémathèque Française, et lui offrent ses premiers succès d’estime (festival de Locarno, FID, festival de St-Denis ...). Mais si le cinéma expérimental l’inspire, sa finalité lui échappe un peu. Et, surtout, il craint les chapelles. Il propose alors à la troupe du Cirque Plume de suivre l’une de leurs créations, dont il fera un premier film documentaire, In Progress. Leur collaboration n’a jamais cessé depuis.

Mais c’est avec Cheminement que, pour la première fois, il a l’impression de faire quelque chose qui lui correspond. Pourtant il n’a filmé « que » des gens qui bricolent des objets hétéroclites dans un grand fourre-tout pour inventer des réactions en chaîne. Une statuette de Jésus tombe sur un bâton, qui fait rouler un ballon, qui frotte une allumette... A priori ça ne sert a rien et pourtant ça existe, ça le touche et il a l’impression d’y trouver quelque chose d’essentiel : peut être le caractère vital des choses inutiles.

Vient ensuite Largo do Machado, fruit d’une résidence à Rio. Il doit filmer le travail de l’artiste Thomas Henriot. Ensemble ils conviennent de se rendre chaque jour, durant un mois, sur une place populaire de la ville. Alors que Thomas dessine pendant des heures, assis au milieu de la place, Antoine filme la vie qui l’entoure, les gamins des rues, les joueurs de cartes, les étudiants, les clochards... et parmi eux un dessinateur. Un artiste, mais surtout une personne parmi d’autres sur une place de Rio.

En 2009, il rencontre Bilal Berreni (Zoo Project) avec qui il travaillera durant 4 ans sur le film C’est assez bien d’être fou. Leur entente est immédiate : plaisir d’aller dans la même direction (sans se demander laquelle), de se comprendre (sans avoir à s’expliquer), de fantasmer des projets sur tout, tout le temps, sans se donner de limites. Ils fonctionnent à l’enthousiasme. Ça a été une vraie collaboration. Et aussi la confirmation réciproque qu’ils tournaient rond.

Au même moment, un peu par hasard, il tombe sur une maison dans le Jura, l’ancienne administration d’une usine de carton. L’achat de cette maison impulse la création de la société de production La Maison du Directeur montée avec deux associées, Jeanne Thibord et Sidonie Garnier. Il a pu y produire trois de ses films (Yolande, Maria, Berthe et les autres ; Chalap, une utopie cévenole, et C’est assez bien d’être fou) sans faire de compromis artistique, mais sans non plus réussir à faire exister l’outil frondeur et militant qu’il avait imaginé. L’expérience s’est ainsi terminée au bout de 5 ans, sur un bilan mitigé. Désormais, « La Maison du Directeur », est une association et a retrouvé sa vocation d’origine : un lieu dédié au travail de création qui permette à toutes sortes de projets d’exister, en toute liberté.

A l’issue de cette expérience, lassé du système de production du documentaire de création qui lui apparaît exsangue, Antoine décide de tenter autre chose. Plus de scénario, plus de contrainte de format ni d’attentes spécifiques. Il tire au sort une ville et part s’y installer pour y réaliser des films, mais sans savoir lesquels. Il veut se donner du temps, et ne pas forcer les évènements. Le sort désigne la ville d’Aniche, dans le Nord. Il y filme un peu tous azimuts les gens, les lieux, en attendant qu’un objet s’impose de lui-même.
Un jour, il rencontre plusieurs ados sur une place ; il leur propose de passer du temps avec eux et de les filmer. Une relation de confiance et de complicité se noue. Ce sera « Wesh Gros », nom d’un vaste projet qui regroupe plusieurs films de forme et de format différents. Ce projet est un vrai jalon dans sa démarche de réalisateur. Il va continuer à suivre ces jeunes, les accompagnera. « Wesh Gros » est devenue une histoire à suivre…

Tout au long de son parcours, l’approche déontologique a pris de plus en plus d’importance dans la démarche d’Antoine. Ses projets s’inscrivent dans la longue durée et, pour lui, l’indépendance est autant une exigence morale qu’une nécessité créatrice. Il ne croit pas plus en l’écriture de documentaires qu’aux « grands sujets ». Il ne veut d’ailleurs plus faire de films « sur » mais « autour de », et tente d’évoquer plus que dire.

ARTICLE DOMINIQUE PAÎNI
ARTICLE ALAIN BERGALA
ARTICLE EMILIE GIAIME
ARTICLE ANNE FEUILLERE